Lorsqu’un parent s’occupe d’un enfant en situation de handicap, la question des ressources financières est centrale. Entre les prestations familiales versées par la CAF (AEEH) et les revenus de remplacement versés par la Sécurité Sociale (Indemnités Journalières), il est facile de s’y perdre. Que se passe-t-il alors si le parent aidant tombe malade ? Ou s’il doit cesser son activité ponctuellement via l’AJPP ? Peut-on toucher les deux aides en même temps ? Cet article décrypte les règles de cumul entre l’AEEH et les indemnités journalières pour vous aider à sécuriser votre budget.
1. Distinction fondamentale : l’AEEH de base et son complément
Pour comprendre les règles de cumul, il faut d’abord distinguer les deux composantes de l’Allocation d’éducation de l’enfant handicapé :
- L’AEEH de base : C’est un montant forfaitaire (environ 149 € en 2024-2025) versé sans condition de ressources dès lors que le taux d’incapacité de l’enfant le justifie.
- Le complément d’AEEH : Il est versé pour compenser des frais spécifiques ou une réduction d’activité professionnelle du parent (temps partiel ou arrêt total) liée au handicap de l’enfant. Il existe 6 catégories de compléments.
2. Cumul AEEH de base et Indemnités Journalières
C’est le cas de figure le plus simple. Vous travaillez, vous percevez l’AEEH de base pour votre enfant, et vous tombez malade (grippe, accident, burn-out).
La règle : Le cumul est total.
L’AEEH de base n’est pas soumise à condition de ressources. Par conséquent, le fait que vous perceviez des indemnités journalières de la Sécurité Sociale (IJSS) pour votre propre maladie n’impacte pas le versement de l’allocation de base. Vous continuerez de percevoir vos IJ de la CPAM et votre AEEH de la CAF.
3. Cumul Complément AEEH et Arrêt Maladie du parent
La situation se complique si vous touchez un complément d’AEEH (de la 1ère à la 6ème catégorie) parce que vous avez réduit votre temps de travail pour vous occuper de votre enfant.
Le principe
Si vous êtes en arrêt maladie, vous percevez des IJSS qui remplacent votre salaire. La CAF considère ces indemnités comme des revenus de substitution.
- Le complément d’AEEH est attribué pour compenser une perte de salaire liée au handicap.
- Les IJ maladie compensent une perte de salaire liée à votre état de santé.

L’impact financier
En théorie, vous conservez votre droit au complément tant que vous assumez la charge de l’enfant. Cependant, lors du renouvellement ou du contrôle de vos droits, la CAF prendra en compte le montant de vos indemnités journalières dans vos ressources.
Attention : Si le cumul de vos IJSS et d’un éventuel complément de prévoyance reconstitue intégralement votre salaire, la CAF pourrait réévaluer votre droit au complément, estimant que la perte financière n’existe plus durant cette période. Il est crucial de déclarer votre changement de situation pour éviter un trop-perçu ultérieur.
4. Le cas spécifique : AEEH et AJPP (Allocation Journalière de Présence Parentale)
C’est la confusion la plus fréquente. L’AJPP est une allocation journalière versée par la CAF (et non la sécu, bien que ce soit une forme d’indemnisation journalière) pour les parents qui prennent des congés ponctuels pour s’occuper d’un enfant gravement malade ou handicapé.
Règle de non-cumul strict
La législation est claire : Il est impossible de cumuler le complément d’AEEH et l’AJPP pour le même bénéficiaire sur la même période.
Vous avez deux options :
- Option A : Vous choisissez l’AEEH de base + le complément d’AEEH.
- Option B : Vous choisissez l’AEEH de base + l’AJPP.
| Dispositif | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Complément AEEH | Versement régulier, mensuel et pérenne sur la durée de la notification MDPH. | Montant fixe, parfois inférieur à la perte de salaire réelle. |
| AJPP | Montant journalier souvent plus élevé (env. 64€/jour). Flexible (pris au jour le jour). | Limité dans le temps (310 jours sur 3 ans). Gestion administrative lourde (attestations mensuelles). |
Note : Depuis 2020, il est possible de passer de l’un à l’autre plus facilement, mais jamais les deux simultanément pour le même mois complet.
5. AEEH et Indemnités Chômage (ARE)
Bien que ce ne soit pas des « indemnités journalières » maladie, la question du chômage est connexe. Si vous perdez votre emploi et touchez l’ARE (France Travail) :
- Vous cumulez intégralement l’AEEH de base et le chômage.
- Pour le complément, le cumul est possible, mais le montant du chômage est déduit des revenus pris en compte. Si l’ARE couvre la perte de revenus, le complément peut être réduit.

6. Les obligations déclaratives
Pour éviter de devoir rembourser des sommes importantes à la CAF (les redoutés « trop-perçus »), la transparence est votre meilleure alliée.
À la CPAM (Assurance Maladie)
Vous n’avez pas besoin de déclarer l’AEEH à la Sécurité Sociale pour percevoir vos indemnités journalières maladie. L’AEEH n’est pas un salaire et n’est pas imposable.
À la CAF
Vous devez impérativement signaler via votre espace « Mon Compte » :
- Tout arrêt maladie de longue durée (plus de 3 mois généralement).
- Le passage en AJPP.
- Toute modification de vos revenus professionnels (passage à demi-solde par exemple).
En bref : Le cumul entre l’AEEH de base et les indemnités journalières (IJ) pour arrêt maladie est possible sans restriction. En revanche, pour le complément d’AEEH, la règle dépend de la nature de l’arrêt. Si vous percevez l’AJPP (Allocation Journalière de Présence Parentale), le cumul avec le complément AEEH est interdit. Si vous êtes en arrêt maladie personnel, le cumul est possible. Mais le montant des indemnités sera pris en compte dans le calcul de vos ressources par la CAF. Ce qui peut réduire le montant du complément.